Ateliers et conférences
Mercredi 15 juillet
10h - 1936-2026, 90e anniversaire de la révolution espagnole
Modératrice : Esméralda Trave
Repas
14h30 - Urbanisme, mésologie et changement social
Modératrice : Pauline Couteau
Repas
Jeudi 16 juillet
10h, Apprendre à débattre , éduquer autrement
Modérateur : Bernard Duteuil
Repas
14h30, Battues ? Pas que
Modératrice : Danielle Sigot Mezuret
19h, Spectacle : Ring en extérieur, Match d’impro avec acteurs et participation du public sur la base des contributions de l’après-midi.
21h, Repas concert (Ambiance groove & soul avec "3 Foy We", place de la Mairie)
Vendredi 17 juillet
10h, Combattre le fascisme et la xénophobie
Modérateur : Nicolas Eprendre
Repas
14h30, Élisée Reclus, un géographe anarchiste contre l'antisémitisme
Modérateur: Nicolas Eprendre
19h, Apéritif littéraire : éditions La Dissidence, Philippe Diaz
Repas
21h, Cinéma : Le chemin de la liberté, de Christophe Cordier sur la manière dont le souvenir de l'anarchiste Nestor Makhno inspire les luttes actuelles en Ukraine.
Débat avec le réalisateur Christophe Cordier.
Samedi 18 juillet
10h, Mobilisations citoyennes sur les grands projets
Modérateur: Patrick Minder
Repas
14h30, Mobilisations citoyennes
locales
18h, Remise du prix des
Reclusiennes 2026
19h, Synthèse
poétique
Repas
21h, Spectacle de clôture
Expositions
Divers :
Résumé
De tout temps, des groupes humains, femmes et hommes, indignés du sort qu’on veut leur faire, se mobilisent pour lutter contre ce qu’ils pensent injuste. D’autres s’organisent pour imaginer et œuvrer au projet de société auquel ils aspirent...
Anniversaire oblige, on peut penser à la guerre des paysans allemands en 1525, au début de la guerre civile espagnole il y a 90 ans... Mais encore, à la Commune de Paris, déjà évoquée à l’occasion de l’édition 2021 des Reclusiennes, aux Gilets Jaunes, aux révolutions, grandes ou petites, aux mobilisations contre l’un ou l’autre des Grands Projets Inutiles qui fleurissent ici ou là : NDDL, A69, Mégabassines.... La préoccupation n’est donc pas nouvelle, des femmes et des hommes se battent.
De prime abord, « se battre » peut évoquer le conflit militaire, la guerre, la destruction... Bien présente dans le paysage actuel, et sans en nier l’importance, la guerre ne sera pas notre sujet. Les batailles que nous souhaitons évoquer, passées et futures, ne sont pas de celles où l’on cherche à éliminer, humilier, soumettre l’adversaire. Pour autant, les combats qui nous intéressent ici ne redoutent pas l’affrontement, conscients que les résistances qu’ils rencontrent ne se dissipent pas d’elles mêmes.
C’est pour cela que « se battre » se conjugue avec « débattre ». Ce qui signifie que les femmes et les hommes dont nous évoquerons les combats au cours de ces Reclusiennes 2026 s’organisent, s’associent, se fédèrent, s’informent pour informer, débattent pour convaincre... bref ils se battent.
Un retour par l’Histoire est donc pertinent, un regard rétrospectif, sur ce qui a fonctionné, ou non. Pour tenter d’éviter de reproduire des erreurs ou au contraire s’inspirer d’une réussite, en un lieu, à un moment donné. L’Espagne 1936-39, guerre civile, mais aussi révolution sociale, grande aspiration, élan brisé est un sujet de réflexions pertinent. De même Élisée Reclus, dont la vie fut ponctuée par le siècle des révolutions, comment s’est-il battu, quel genre de lutteur a-t-il été ? Violent, non-violent... ?
Une vision romantique de la Révolution suggère la survenue d’un grand soulèvement qui emporte tout, et laisse place à la construction de la société nouvelle. Pour les marxistes le capitalisme va s’effondrer de lui même, pour d’autres, il suffirait d’un coup décisif pour que les masses emboitent le pas à quelques minorités agissantes. Mais comme le dit la chanson : « Parti des rouges, parti des gris, Nos révolutions sont trahies ». Les révolutionnaires de la fin du XIXe font alors le constat que le grand soir, n’arrive pas seul, et que quand bien même il surviendrait, si les populations n’ont pas préalablement réfléchi au jour d’après, si elles n’ont pas déployé leurs imaginaires pour savoir que faire, si elles ne se sont pas préparées, organisées, formées... Le grand soir reste sans lendemain. Ou, pour le dire comme Pierre Bance dans l’un des quatre théorèmes qui construisent l’argumentation son livre La Grande fédération, démocratie directe et vie fédérale, « Faute d’avoir réfléchi aux institutions de la société à venir, la révolution communaliste est vouée à l’échec. [1] » Face à ce constat, deux axes de réflexions guident l’action chez les révolutionnaires de la fin du XIXe siècle, deux axes auxquels nous ajouterons un troisième, les temps changent.
1- Le syndicalisme révolutionnaire postule alors que c’est au cœur de la fabrique, en prenant le contrôle de l’outil de travail, en modifiant les rapports de production et de soumission, puis en se fédérant avec d’autres usines « libérées » que le pouvoir de faire et d’agir sa vie sera rendu au peuple. Aujourd’hui, le travail et la production restent la réalité dans laquelle les gens se retrouvent, s’impliquent, luttent ou se débattent, et parfois s’épanouissent. Mais les stratégies ont bien changé, et en jouant le jeu du réformisme, de révolutionnaire, le syndicalisme est devenu gestionnaire. Le syndicat informe, défend les salariés, les mobilise parfois, mais est de moins en moins au cœur des luttes et des espérances.
2- Très tôt, l’éducation est identifiée comme le préalable indispensable et nécessaire à toute prise de conscience individuelle et collective. En effet, rien ne sert de faire surgir la révolte dans des foules qui n’y sont pas préparées.
◦ Éduquer pour faire prendre conscience à chacun des dominations, des aliénations, et des moyens de s’en libérer.
◦ Éduquer en nourrissant les imaginaires, en diffusant et en transmettant d’autres idées, celle qu’un autre monde, qu’une autre organisation est possible et souhaitable, et qu’en se fédérant, on peut y contribuer.
◦ Éduquer en combattant et en dénonçant les idées de la réaction et du capitalisme. Préparer à la lutte contre les idées et les mots d’extrême droite, contre le fascisme lui même. Aujourd’hui, c’est informer contre ses stratégies médiatiques (Bolloré) et technologiques (manipulation des moteurs de recherche, des réseaux sociaux et de l’IA). Contre le racisme et le racialisme, par la critique de ses origines pseudo-scientifiques (Broca, originaire de Sainte-Foy-la-Grande), et de ses amalgames et avatars actuels.
3- Le troisième domaine, c’est le commun, le proche, la Commune : habiter. Pas au sens de cohabiter, thème exploré par les Reclusiennes 2025, mais dans l’idée de construire des luttes de proximité. Des engagements concrets, qui agrègent des acteurs qui ne se rencontrent pas forcément sur l’idée d’un changement global de société, mais qui peuvent évoluer dans l’expérience partagée. Villes et territoires sont des lieux de vies dont les expériences intimes sont aussi nombreuses que les individus isolés qui y voisinent sans se connaître. Mais que le territoire soit menacé dans son intégrité par un projet d’aménagement, et chacune de ces expériences intimes fait le constat de la « réalité géo-administrative » qu’est le territoire, ou encore, combien l’« inscription du pouvoir sur le sol » le dessaisit de ce qu’il pensait sien. De là des soulèvements, des révoltes, comme en réaction à une insupportable agression.
Les sujets sont des plus divers et touchent au quotidien de chacun. Participation aux choix sociétaux d’architecture et d’urbanisme, lutte contre les féminicides, luttes contre les conditions faites aux migrants et aux plus fragiles, le refus de l’instrumentalisation des peurs qui alimente l’éco-anxiété, refus de l’embrigadement des jeunes dans le militarisme...
Nous chercherons à rendre visibles les résistances contemporaines et comment elles s’expriment par de nouveaux modes de création, d’expression, d’échange et d’action collective.
Les constats, tous les constats ont été fait depuis longtemps, et de nouveaux sont publiés tous les jours et s’accumulent sur les tables des librairies militantes. Pollutions anciennes et nouvelles, risques nucléaires et industriels, contrôle de la vie numérique et de l’espace publique... Pourtant, rien n’y fait. Alors qu’on pourrait penser qu’un public informé (mais quel public ?) allait constituer une force d’indignation, c’est plutôt l’accablement et la résignation qui prévalent. Tout est à portée de connaissance pour que chacun constate le désastre et l’impasse en cours, mais rien ne se produit que quelques soubresauts ponctuels. Ces Reclusiennes qui veulent afficher gaillardement « se battre-débattre » doivent aussi réfléchir à « pourquoi on ne se bat pas ? Pourquoi on se soulève si peu ? »
Un sentiment grandissant de dépossession de nos vies nous met face au choix de l’abdication où de la lutte. Abdiquer face au déferlement des arguments préfabriqués, fournis par des intelligences génératives pour le bénéfice des pouvoirs économiques et étatiques. Abdiquer sous les coups de répressions toujours plus violentes. Ou lutter, « se battre » en « débattant » à l’aide de tous les trésors de notre humaine humanité, informer, échanger, inventer, imaginer ce que la machine n’a pas encore su esquisser. Réfléchir au comment des revendications individuelles et locales, réfléchir aux modes de désobéissances civiles légales et illégales face à la violence d’État... Tout cela nous oblige à repenser les luttes dans leur complexité.
Les contributions attendues pourront porter sur les thématiques suivantes :
(1) BANCE, Pierre. La Grande fédération, démocratie directe et vie fédérale. Ed. Noir et rouge. 2025. Page 29